Chapitre 5 : Collectage


Comme madame Bois-Tordus l’avait annoncé le troisième jour, Violino devait être sur pied et travailler ou quitter la demeure. Ainsi, aux premières heures du jour qui était encore la nuit, elle fit une entrée retentissante.

« Allons, allons, pas de tire-aux-flancs, ici… ! Debout et en route pour le collectage… ! Dans trois chouettes et deux hiboux, nous devrons être sur le chemin…! Allez, Violino, debout ! »

Toute la maisonnée s’activa, se débarbouilla au lichen humide et déjeuna d’une bonne ration de pâte de terreau aux herbes amères qui tenaient au corps. La famille prit le chemin des souches en direction des sous-bois.

Arrivés au croisement des «Trois Racines», le père prit la parole :

« Nous nous retrouverons au chant du coucou, maugréa le père qui avait abusé de son breuvage la veille.

— Toi, Pernambouc, tu accompagnes Vieux-Lino dans son premier collectage…!

— “Vio-linnno”… ! “Violino”, reprit Violino lassé.

— Oui, bon… ! Montre-lui les chemins à suivre et, surtout, comment les suivre… Enseigne-lui les écorces, les plantes et toutes les mousses que nous cherchons, montre-lui aussi les pièges à éviter… Je peux compter sur toi, Pernambouc ?

— Oui P’a…! Allez, viens, Violino ! »

À peine enfoncés dans les premiers sentiers, le vert profond de la forêt s’intensifia comme une nuit végétale et minérale.

Nuit d’émeraude

Nuit d’émeraude, au coeur des mousses,
La peur qui rôde, la peur qui pousse.
Voile d’inquiétude, chemin de souches,
Incertitude quoi que l’on touche.

Chant de lichen, la tendre muse,
Chant des pollens, les âmes confuses.
Le cœur est pur et la main rude,
Le chant rassure, vaillant prélude.

Au collectage, prêtons les mains;
Lianes et feuillages sur les chemins
Demain chez eux, hottes entières,
Ragoût de houx, bonne litière.

Nuit d’émeraude, au coeur des mousses,
La peur renaude, et la joie glousse.
Si de concert, brillent les âmes,
En joies prospères, les heures se trament.

Violino ignorant tout de ce monde végétal talonnait Permambouc, le seul en qui il avait confiance et s’accordait sur ses pas.

(musique) 

« Quelle intense végétation, même les rochers sont verts de mousses ! Tu sais où on va, Pernambouc ?

— Bien sûr que j’sais où on va… ! C’est facile ! (…) Tu vois, là, les arbres qui se rejoignent au sommet et qui forment comme une arche ? Eh ben, ils indiquent qu’un sentier en part. Ensuite, en observant l’orientation des mousses sur la branche des arbres, on sait si on se dirige vers l’est, l’ouest, le nord ou le sud. On affine l’orientation en goûtant le lichen et, suivant l’amertume, on détermine s’il s’agit de Cyanobionte ou de Phycobionte et là, on sait tout de suite si l’on est plutôt orientés sud/sud-est, nord/nord-ouest; tout ça, tout ça, tu comprends ?

— Heu, non…!

— Et là, tu vois, les trois arbres couchés en travers du petit sentier là-bas, on les appelle les Marches du Palais. Mon père m’a dit que quiconque les gravit se retrouve face à un tunnel qui file vers l’infini. Une lumière éblouissante et une bourrasque hurlante de vent brûlant s’en échappe; si bien que l’on entend à des kilomètres la bourrasque. En suite, elle emporte le promeneur pétrifié vers un autre monde…!

— Et on ne le revoit jamais ?

—  Bah non, jamais…!

— Et tu as vu ça, toi ?

— Bah, non, mais on me l’a dit; et le soir où papa t’a récupéré tout cabossé, bah, j’peux te dire que je l’ai bien entendu et que ça à fait un purin de bruit du genre : WooOooooooooo Bliiiingue GroLing Glouiningue… ! 

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