Chapitre 7 : Errance


Violino expulsé, de son voyage cosmique, sortit d’un terrible cauchemar en hurlant.

« Aaaah… ! (…) Quoi… ? (…) Où… ? (…) Qui… ?! (…) Arrêtez… ! »

Un jus verdâtre s’écoulait de tout son être et il se dégoutait.

Violino ne reconnaissait rien du paysage et ne se trouvait plus là où il avait vu Pernambouc pour la dernière fois.

« Hey ! lança-t-il.

— Hey ! s’entendit-il répondre.

— Heeeey Hoooo !

— Heeeey Hoooo ! répondit la voix.

— Ce n’est qu’un stupide écho sans suite dans les idées, murmura Violino, déçu.»

« Je vais mourir…

— De faim ?

— Non pas de faim, mais de… Mais ce n’est pas l’écho ?!

— Bah non pourquoi ? … C’est moi… c’est un peu mou !

— Moi, qui ?

— Bah moi l’tronc d’arbre sur lequel vous êtes appuyé depuis tout à l’heure, tiens, eh ! »

Violino se redressa prestement. Mais encore troublé, il trébucha et alla cogner dans des cailloux.

”Clong !”

« Bah, vous avez l’air d’avoir un bon p’tit creux…! Faut pas rester le ventre vide !»

Violino, qui n’avait pas vraiment faim se réfugia derrière un silence gêné. 

Le tronc d’arbre continua :

«Bon ben, moi, j’ai sacrément une grosse ”faim de non recevoir”… J’y vais…! Je vais cheminer…! J’vous conduit ? Qui m’aime me “suie”…! Ah ah ah…! Me “suie”. (la blague ne fait rire que lui)

— Hey, nous aussi, on a “sacripant” faim ! » hurla une volée de bois vert alléchée. “Pic”, “Plonc”, “Cloc”, “Glong”…

« On a faim, on a faim…! »

Une pluie de cailloux bondissant comme des sauterelles obligea Violino à se protéger derrière le tronc.

(Le tronc): «Bon, allez, allez, allez, on se calme, allez, suivez-moi ! Je connais un bon coin à girolles dans l’coin, on va se faire une bonne ventrée… ! (…) Allez, c’est ma tournée… ! (…) En avant ! »

Tout le monde semblait obéir à une loi qui définissait de façon totalement improbable qui serait devant qui et comment ils se suivraient.

« Bon, on va chanter pour s’ouvrir l’appétit…! Toi, le nouveau, tu fermeras la marche et tu suivras le mouvement, c’est un peu mou… ! C’est important d’avoir le sens du borborygme si on veut bien manger ! »

Tape la cloche

Ah le ventre creux,
Mon dieu c’est pas joyeux !
Miséreux, gorge en feu,
Dans le ventre comme des pieux.

Une gamelle sur deux,
C’est sûr c’est un peu peu !
Cul-terreux, poussiéreux,
À nous deux c’est moins affreux.

Tape, tape, tape la cloche,
Check ma branche on fait bamboche.
Belle salade d’aristoloches,
Soupe de lierre et mousse de roche.

Cric, croc,  plein la lampe !
Vers de terre, tout c’qui rampe.
Plus de crises, plus de crampes,
Pincée d’ortie, ça pimente !

Pris par le rythme de la chanson de Tronc d’arbre et de sa bande d’affamés, Violino se laissa embarquer par le mouvement et tenta de participer à cet orchestre improvisé.

Mais ses pensées allaient aux Bois Tordus et à Pernambouc qu’il connaissait pourtant bien peu, mais que, faute de mieux, il commençait à considérer comme sa famille.

Gagné par sa tristesse, le paysage blanchi. La masse lointaine de la fanfare affamée qui l’avait distancé lui parut impossible à rattraper.

Violino égraina sans conviction une série de notes que la lourde neige tombant à gros flocons eut tôt fait d’étouffer.

Une fois encore il se sentit bien seul, une fois encore il ne savait plus où aller; et pour la première fois, Violino pleura.

(musique)

Violino pleura, car son corps et son âme s’ouvraient totalement. Il était submergé par cette sensation physique d’être traversé par la vie en la faisant résonner en lui dix fois plus fort.

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