Chapitre 11 : Les marches du palais


La fête dura une grande partie de la nuit, mais les tremblements réguliers de la terre, et les plaintes lointaines qui se mêlaient aux sons joyeux de la fête parlaient aux instincts de chacun; bien avant le jour il faudrait que Violino soit parti.

Les marches du palais

La terre tremble,
Envoie des signes.
Si bon lui semble,
Qu’elle nous résigne.

Levons les âmes.
Le coeur meurtri,
Le corps désarme,
Endolori.

Nos rêves s’étiolent,
Et, douces-amères,
Nos joies frivoles
Se couchent à terre.

Ne plus se voir,
La triste farce.
Sans plus d’espoir,
Nos pleurs s’enlacent.

Dernière volute,
l’ami nous quitte.
nos corps qui luttent,
le coeur qui pique.

Ton nom planté
Dans notre chair,
L’ancre a raclé
Des fonds amers.

Violino part.
L’ami, le frère,
Lève nos regards
Vers d’autres terres.

Appel aux sens,
Bientôt le terme.
Et de l’absence,
La plante germe.

Hisser la toile
Dans la mature,
Pointer l’étoile
Vers le futur.

Amours tissées
De tant de rêves,
De l’odyssée
Brise la trêve.

Nos boulimies
Ravivent nos fièvres.
Brûlons la vie
Et qu’elle serve !

Les Marches du Palais, l’invitaient à franchir le seuil d’une porte ouvrant vers l’inconnu. Un long silence accompagnait l’évidence d’une séparation durable. Les étreintes furent sobres.

Violino franchit la première puis la deuxième marche.

Quelques grosses gouttes de pluie s’écrasèrent sur l’assemblée. Tous levèrent les yeux et virent que pour la première fois la Lune sanglotait. Elle sanglotait sur le départ de celui qui avait su éveiller en elle des sentiments nouveaux.

Violino gravit la dernière marche.

Il avait le coeur serré. Il laissait là ceux qu’il considérait comme ses amis. S’il comprenait qu’à l’autre bout du tunnel l’attendait un monde à reconquérir, il savait, aussi que les chemins explorés ces derniers jours étaient des routes qu’il devrait entretenir pour conserver immense et vivant son jardin intérieur.

Une langue de feu enveloppa Violino qui disparut.

Pernambouc, resté aux côté de sa famille, se rua vers le tunnel et se jeta dans la masse bouillonnante.

La Lune lança une pelote de son fil cosmique et Pernambouc n’eut que le temps d’en saisir l’extrémité au vol alors que la bouche béante des Marches du Palais se refermait sur lui.

Il fallut près de deux jours et presque autant de nuits pour que le fil arrête de se dérouler.

Ce fil ténu et scintillant que la Lune avait lancé pour la deuxième fois était le fil d’expériences puissantes qui, désormais, reliait deux mondes comme les deux hémisphères d’un même cerveau. Ce fil tissé, filé, maillé s’organiserait bientôt en une toile somptueuse, reliant bien d’autres mondes encore qu’il restait à explorer.

Fin

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