Chapitre 2 : un peu, beaucoup, à la folie


Quand le soleil céda à nouveau un peu de son pouvoir à la nuit, la Lune, fardée et bien pomponnée, fit une bien belle apparition. Blondissant les collines et poudrant d’or et d’argent les nuages du ciel.

Violino, chargé d’une énergie nouvelle, fit encore à la Lune la démonstration de son talent inégalable.

Quatre nuits durant, le charme opéra, quatre nuits à jouer toujours mieux, à vibrer toujours mieux ; quatre nuits exceptionnelles à accorder leurs charmes en vibrations harmonieuses. Quatre nuits durant lesquelles la lune resta pleine.

Ce n’est qu’au cinquième soir que le charme se voila. La Lune parée d’une mantille d’or rouge fit une apparition remarquée. Violino la trouva plus belle que la veille et commença à jouer comme il le faisait chaque soir.; mais, ce soir-là, la Lune lassée soupira et disparut derrière les collines.

Violino passa la nuit à jouer mais la nuit resta noire et profonde et rien ne fit réapparaitre l’astre désiré. 

Au matin, il convoqua ses amies les partitions volantes. Tous les clans étaient représentés, des plus classiques aux plus excentriques.

« Apportez-moi votre plus beau travail. Je veux, la nuit venue, le jouer à la Lune ! … Pas de rivalités ni de vaines discordes. Triez, classez, harmonisez… !».

Il ne fallut que quelques heures pour que tous s’étant mobilisés rassemblent leurs œuvres. Une partition de près de trois mille pages fut assemblée, triée, corrigée et cousue pour le plus grand plaisir du prince qui ne quittait plus sa tour tant il se préparait à son prochain rendez-vous de la nuit.

Violino fit mettre des bougies tout autour des remparts ainsi qu’à chaque fenêtre des maisons du royaume et, à la nuit tombée, une constellation dorée agitait le ciel noir comme une robe de gala. La Lune se fit attendre, mais son apparition fit très grande impression.

Violino ouvrit le grand livre; les partitions tremblaient de peur fixant la Lune et ses moindres réactions.

(musique)

Violino se surpassa et chacune de ses notes sonnait avec précision. Les pages se tournaient comme on effeuille la fleur d’amour :

« Je t’aime un peu, beaucoup, à la folie, à la folie, à la folie…! »

Il joua toute la nuit sans perdre une once d’énergie et pour la première fois la Lune se pencha et murmura :

« Violino, charmant Violino, tes charmes sont pour moi un bien précieux. Le cadeau de ta musique n’a jamais eu d’égal, mais pour gagner le cœur de ton amie, je veux dire, moi, la Lune, je me dois d’exiger un peu plus de ton âme.

Si je dois aimer quelqu’un, ce pourrait être toi beau Violino !

Tu as fait appel au talent de ta cour pour me séduire, mais c’est de toi et de toi seul dont je voudrais goûter les charmes. Amuse-moi, charme-moi, divertis-moi, rends-moi heureuse Violino ! 

(musique)

Violino…! Violino…! Renvoie chacun chez soi et éteins ces lumières qui me fatiguent les yeux…! »

Violino remercia ses amis et tous ceux qui assistaient au concert et les pria de rentrer chez eux.

La lune lança alors une pelote de fil plus brillante que toutes les étoiles de la nuit.

« Quand tout le monde dormira, tends ce fil tressé d’or, d’argent et de poussière cosmique et viens me rejoindre. Tu n’auras qu’à suivre le fil tendu entre toi et moi et jouer sans discontinuer ce que dicteront ton cœur et ton âme.

Ne t’arrête jamais, Violino, ou le fil cassera et je te perdrai pour toujours. »

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