Chapitre 6 : Le chemin des élévations


Et là, tu vois, ce haut monticule avec de grandes herbes, on appelle ça une butte à l’Ouye-aye. Quand tu es au sommet, tu te repères facilement ; si tu perds quelqu’un de vue, trouve une de ces buttes et tu t’en sortiras toujours… »

(long silence)

« Pernambouc …?! Pernambouc, eh oh, tu es là… ?! 

— J’suis là !

— Mais où, là ?!

— Bah là enfin ! »

Se souvenant des derniers conseils de son compagnon, Violino se dirigea vers la butte située à quelques pas pour s’élever et tenter de le retrouver.

Mais le pied du monticule était envahi de haute herbes aux larges feuilles agressives qu’il tenta d’écarter pour se frayer un passage vers le sommet.

« Aïeuh, aïeuh…! »

Violino était attaqué par les plantes.

« Tu me voies…!?

— Aïe, non… ! » répondit Violino piqué de tous côtés « Ouille ! Mais, clé d’Ut, ça pizz… ! (…) Aïe, Ouille, Ouille-Aïe (…) Ouille , ouille, aïe !». 

Parvenu au sommet de la butte Violino tout cloqué tenta de repérer son ami.

« Pernambouc, t’es vraiment pas drôle, où es-tu ? »

Violino, épuisé par tant de nouvelles agressions, ne voulait plus jouer et attendit. Pernambouc, réapparu chargé d’une brassée de plantes.

«Tu vois, elle porte bien son nom, cette butte à l’Ouye-Aye ! Ça fouette, non ? ». 

Violino dépité et blessé en voulait à son ami.

Pernambouc se sentant coupable, allongea doucement Violino au sol et lui frotta la caisse avec quelques feuilles de plantago qu’il venait de cueillir et dont il connaissait les vertus apaisantes.

« Plantago, Plantago, jolie plante à bobos, de tes cinq coutures, guéris-le des blessures…! »

Plantago

Plantago, plantago,
Jolie plante à bobos.
De tes cinq coutures,
Guéris-le des blessures.

Herbe folle, farandole.
La douleur est frivole,
Et mon ami s’endort,
En rêves indolores.

Plantago, plantago,
Jolie plante à bobos.
De tes cinq coutures,
Tu apaises et rassures.

Herbe folle, farandole.
Et la douleur s’envole,
s’envole, s’envole,
vole.

(musique incantatoire)

Bercé par les caresses de Pernambouc, Violino sentit son corps s’élever en harmonieuses pensées. Sa perception de l’espace minéral, végétal et spirituel lui semblait limpide. L’entrelacs des fluides éthérés dans lequel il s’élevait s’organisait comme des chemins tracés qu’il suffisait de suivre.

Bercé par les vagues tièdes de rêveries qui l’envahissaient, Violino se laissait porter au gré des courants qui l’élevaient comme une plume échappée d’un nid au printemps.

Les soins que lui prodiguait Pernambouc harmonisaient les vibrations de son corps avec celles des paysages intérieurs qu’il traversait. Un chant d’extase accompagnait le rite.

Une nuée de flammèches à têtes dorées prolongées d’un panache en filaments bleu électrique bouscula l’ascension sensorielle de Violino.

Un banc d’étoiles lumineuses et fugaces filaient vers les hautes strates de la pensée évoluant les unes autour des autres avec une élégance chorégraphique et quasi mathématique. Pernambouc, connecté à Violino le guidait dans sa transe et accompagnait son voyage en rituels étranges. Mais la cérémonie fut interrompue par une voix familière :

« Pernambouc…! Nom d’un pieu, qu’est-ce que vous fichez là-haut…?! Descendez de la butte…! Descends de là, imbécile ! » 

Pernambouc surpris par son père se redressa. Violino, loin de là dans son monde, sentit que quelque chose changeait. Soudainement comprimé, compressé, tout son être craqua de haut en bas.

La lumière se solidifia; les filaments bleu-électrique des étoiles étaient devenus tranchant comme le verre et le lacéraient.

Violino suffoquait de chaleur contre les parois resserrées de cet espace devenu une prison.

« Pernambouc… ! Pernambouc… !

— Oui P’pa…! J’suis là… J’suis là avec Violino qui s’est fait mal !

— De quoi… !!! (…) Tu fais quoi, espèce de bon à rien… ? (…) Descends d’là tout de suite… !»

Violino délaissé par son guide, sentit que son corps tout entier se refroidissait et se transformait en pierre. Pris d’une violente angoisse, il poussa un cri tellement puissant qu’il fit voler en éclat toute la matière, qui le retenait prisonnier.

« Pernambooooouc… !!!

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